Fidel en tous lieux

Dans El oficio de la palabra hablada (Le métier de la parole parlée), une chronique émouvante écrite en 1987, Gabriel Garcia Marquez décrit magistralement un Fidel vu sous l’angle de l’admiration et de l’amitié intime.


Une courte histoire achève ce texte : « Un soir, alors qu’il mangeait lentement, à petite cuillérée, une glace à la vanille, je l’ai vu si accablé par le poids de tant de destins étrangers, si distant de lui-même, que pendant un instant il m’a semblé différent de l’homme qu’il avait toujours été. Je lui ai alors demandé ce qu’il aimerait le plus faire dans ce monde, et il m’a répondu sur-le-champ : « M’arrêter au coin d’une rue ». »
Dans ces quelques lignes se trouve le témoignage de la sensibilité d’un homme qui a toujours paru titanesque à ses contemporains, et il en sera de même pour ceux qui s’abriteront sous son héritage dans l’avenir.
Ainsi, ce qui était unique dans le leadership de Fidel, c’était précisément cette humanité, ce désir d’être un parmi le peuple tout en acceptant cependant l’impératif moral de faire une Révolution et de la maintenir face à un ennemi puissant et implacable.
Il captiva, et captive encore, parce qu’il était exceptionnel dans sa façon pédagogique d’expliquer les enjeux au peuple, par sa capacité à comprendre les complexités nationales et internationales (y compris celles des hommes et des femmes) avec une telle clairvoyance que cela ressemblait à un art divinatoire, par son habileté à s’informer à une vitesse incroyable, et à traiter ces données parfois mieux que les spécialistes.
Mais, si le peuple a ignoré les nominations et l’a baptisé simplement Fidel, s’il n’a cessé de se dire prêt « pour quoi que ce soit », c’est non seulement en raison du réel merveilleux de sa stature morale et intellectuelle, du caractère inédit et mythique de sa figure, mais aussi parce qu’il se reconnaissait en lui.
De même que Marti, Fidel synthétise dans sa vie et dans son œuvre les racines profondes de nos valeurs nationales : l’amour des autres jusqu’au désintéressement ; l’entêtement face à l’adversité ; la combattivité face à quiconque convoite la Patrie. Bref, la cubanité, un concept si profond et difficile à résumer, bien que si facile à identifier.
Fidel n’a jamais pu, après s’être jeté dans les bras de l’Île et de son destin, être cet homme normal qui s’arrête au coin d’une rue pour observer depuis l’anonymat. Les exigences de ses missions furent toute autres. Chaque fois qu’il apparaissait en public, sa présence apaisait et enflammait.
Il n’a pas souhaité être glorifié, peut-être parce qu’il savait que le meilleur moyen pour que les idées perdurent et triomphent, c’était de les semer, de les faire renaître, afin qu’elles se renouvellent dans l’âme des générations.
Nul besoin de monuments à la gloire de Fidel. Il est à chaque coin de rue, dans chaque avenue, et dans les gens, dans leurs peines et leurs joies, dans ce que nous avons de meilleur en nous, dans la critique de nos erreurs, et dans ce qui nous rend fiers et nous fait vivre. Celui qui était destiné à vivre, est vivant.

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