Des mesures d’urgence face à la sécheresse

La Havane, 3 juin – LES sécheresses ont toujours existé. Dans le cas de Cuba, on peut mentionner deux périodes bien marquées par le comportement du climat : la saison des pluies (mai-octobre), période où se situe environ 75% de la moyenne des précipitations, et la saison sèche, avec 25%.

Cependant, le changement climatique s’accompagne d’événements météorologiques de plus en plus fréquents et de plus en plus graves. La sécheresse qui frappe actuellement le pays a commencé vers le milieu de 2014 et dure déjà depuis trois ans. L’Institut national des ressources hydrauliques a lancé une série d’actions visant à atténuer les effets de la sécheresse et éviter de plus grands maux. José Antonio Hernandez Alvarez, directeur de la gestion rationnelle de l’eau de cette institution, a eu l’amabilité d’accorder un entretien à Granma international pour nous permettre d’en savoir plus sur ce sujet.

José Antonio Hernandez Alvarez, directeur de la gestion rationnelle de l’Institut national des ressources hydrauliques souligne que le changement climatique provoque une augmentation de l’intensité et de la durée des périodes de sécheresse. Photo: Jorge Luis González

À quel genre de sécheresse avons-nous affaire ?

Il s’agit d’une sécheresse hydrologique, qui est un type de sécheresse qui survient lorsqu’une longue sécheresse météorologique provoque une brusque diminution du niveau des eaux souterraines, des rivières, des fleuves et des lacs, provoquant un déficit dans les disponibilités en eau.

Malgré le bon comportement des précipitations aux mois d’avril et mai (62%), la sécheresse persiste. Les retenues d’eau ne sont plus qu’à 38% de leur capacité, soit environ 1,4 million de mètres cubes d’eau de moins que la moyenne.

Ajoutons à cela que sur les 100 aquifères contrôlés par l’Institut national des ressources hydrauliques, 22 présentent un état défavorable et 10 un état critique.

MESURES D’URGENCE

Même si moins d’un million d’habitants sont confrontés à des problèmes de ravitaillement à l’échelle nationale, environ 860 900 personnes font l’objet de restrictions partielles d’eau. À cet égard, Ciego de Avila et Santiago de Cuba et Camagüey sont les provinces les plus durement touchées. De point de vue de la capacité des retenues d’eau, le principal impact négatif concerne Ciego de Avila, Sancti Spiritus et Camagüey.

À partir de cette situation concrète, des mesures d’urgence sont appliquées, dont la construction d’ouvrages d’interconnexion dans les chefs-lieux des provinces de Santiago de Cuba, Sancti Spiritus et Ciego de Avila, qui permettent d’acheminer l’eau vers les zones qui connaissent des pénuries.

« La ville de Ciego de Avila est divisée en deux systèmes d’approvisionnement bien définis : le nord et le sud. Le système du nord s’est complètement déprimé, si bien qu’il a fallu établir une liaison à travers la périphérie de la ville pour alimenter la population en eau.

« Ce même procédé a été adopté à Sancti Spiritus à la suite du tarissement de la source de la Yayabo, qui alimentait le quartier historique de la ville. Par ailleurs, une canalisation d’urgence est aménagée pour relier le système sud à celui qui s’est déprimé », commente Hernandez Alvarez.

MESURES PRÉVENTIVES

Malgré le bon comportement des précipitations dans les mois d’avril et mai (62%), la sécheresse persiste. Les retenues ne représentent que 38% de leur capacité, soit environ 1,4 million de mètres cubes d’eau de moins que la moyenne. Photo: Morejón, Roberto

Dans le cadre du Programme hydraulique national, des mesures préventives sont également adoptées, liées notamment à la réduction des pertes et à l’utilisation plus efficace de l’eau.

Ainsi, il est procédé au contrôle de la consommation des organismes de l’administration centrale de l’État, des institutions économiques et sociales, telles que les hôpitaux, les hôtels, les écoles et les usines, entre autres.

« Nous avons créé un Groupe temporaire national de lutte contre la sécheresse, et chaque semaine nous contrôlons et surveillons les mesures appliqués par chaque organisme dans le cadre de son programme de gestion efficace de l’eau. Les territoires et les entités doivent fournir des données sur le comportement de leurs mesures d’économie d’eau », explique le responsable.

Concernant l’agriculture, Hernandez Alvarez explique qu’il a fallu procéder à une réduction de l’irrigation des cultures par inondation ou submersion, qui est une technique moins efficiente. Ce procédé a même été interdit dans les endroits les plus touchés par la sécheresse, et d’autres ont introduit des systèmes plus performants et efficients.

À l’heure actuelle, l’agriculture travaille à un programme visant à utiliser l’irrigation au goutte à goutte, l’irrigation localisée et d’autres systèmes plus efficaces afin de diminuer les effets de la sécheresse. Mais, selon Hernandez, ces procédés n’ont pas encore pu être développés dans tout le pays.

LA POLITIQUE NATIONALE DE L’EAU

L’année 2012 a marqué la mise en application de la Politique nationale de l’eau, destinée à promouvoir une gestion plus efficace du précieux liquide et minimiser les impacts de la sécheresse dans l’ensemble du pays.

Depuis, les taux de consommation ont été actualités, aussi bien dans l’agriculture que dans le reste des activités économiques et sociales. Cette approche a également permis une mise à jour des technologies.

« Aujourd’hui, nombre d’usines et de fabriques disposent d’une technologie plus efficiente qui leur ont permis de diminuer leur consommation d’eau. Les hôtels et les hôpitaux, par exemple, ont adopté des mesures de réaménagement de leurs systèmes hydro-sanitaires », ajoute José Antonio Hernandez.

« À ceci s’ajoute aussi le recyclage de l’eau et la récupération de l’eau de pluie pour de nombreuses activités.

« Dans les pôles touristiques, par exemple, cette eau est utilisée pour l’arrosage des pelouses et des espaces verts, ainsi que dans les processus industriels comme les brasseries.

« Autre ligne de travail : la désalinisation de l’eau de mer, un procédé certes coûteux mais parfaitement viable à Cuba en raison de son statut insulaire. Aujourd’hui ce projet est mis en œuvre dans les endroits les plus durement frappés et là où cette technique est économiquement viable.

« Nous sommes en train d’installer un groupe de centrales de désalinisation dans tout le pays, à Santiago de Cuba et sur son littoral sud, notamment dans la commune de Guama, dans celle de Guanabo, à La Havane, ainsi que dans la commune de Venezuela, dans le sud de Ciego de Avila.

Ces actions se traduiront par une économie importante de l’eau pompée depuis la terre ferme en direction des cayos Santa Maria et Coco. L’eau est acheminée vers ces îlots à travers une canalisation située le long de las route maritime, sujette aux risques d’avaries. Une centrale de désalinisation fournit aussi davantage d’autonomie et constitue une source d’alimentation alternative en eau potable sur les cayos. Il s’agit d’usines d’une capacité de 60 litres par seconde qui assurent environ 30% de la demande de ces territoires », explique Hernandez.

GRÂCE À LA VOLONTÉ HYRAULIQUE

« Sans l’infrastructure créée à partir de 1959, avec le triomphe de la Révolution, nous ne saurions comment faire face à une sécheresse », signale José Antonio Hernandez, avant d’évoquer ce qu’à Cuba nous appelons la « volonté hydraulique ».

Il rappelle qu’à l’époque, l’idée est née à la suite de l’expérience laissée par le cyclone Flora. Cette volonté avait pour but d’éviter les inondations, de collecter et stocker toute l’eau possible durant la saison des pluies.

« Grâce aux ouvrages de transvasement que nous possédons aujourd’hui, nous avons pu minimiser l’impact de la météo sur l’économie et la population. Aujourd’hui, les villes d’Holguin et de Santiago de Cuba sont alimentées grâce à ces ouvrages », ajoute-t-il.

De même, des mesures ont été adoptées en matière de réparations et de réaménagement pour augmenter l’efficience. C’est le cas de la réparation du canal Zaza-Ciego et des travaux qui sont entrepris au canal Cauto Derecho, dans la province de Granma.

« Il y a quatre ans, le pays perdait 58% de l’eau pompée. De nos jours les pertes sont estimées à 45%. Les volumes économisés dépassent les 200 millions de mètres cubes dans les canalisations et les canaux. »

Cette fois, le pays a essuyé moins de dommages par rapport aux sécheresses précédentes. José Antonio attribue aussi ces avancées à la prise de conscience des gens et à une meilleure perception du risque de la part de la population comme des institutions concernant l’utilisation de l’eau.

PRONOSTICS POUR LA SAISON DES PLUIES

Il ressort d’études de l’Institut de météorologie que les pronostics pour la période humide – mai, juin et juillet – devraient afficher un comportement proche de la moyenne, ce qui favorisera notamment l’ouest et l’est du pays.

Cependant, dans les prochains mois – août, septembre et octobre – les précipitations pourraient avoir un niveau inférieur, ce qui ne promettrait rien de favorable, avec une période sèche dans la seconde moitié.

Une fois de plus, les précipitations sont faibles et la sécheresse pose un problème pour Cuba. La lutte contre la sécheresse reste une priorité et l’État cubain déploie de nombreux efforts pour mettre en place une infrastructure permettant de garantir l’accès à l’eau à la population en dépit des faibles précipitations.

Source: Granma International

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