La vision d’un leader qui donna vie à un journal (+Photos)

fidelUn après-midi de mai 1963, Fidel Castro effectua une visite au journal Pravda durant son premier voyage en Union soviétique. Au terme de sa visite, il déclara : « Je souhaiterais que notre journal ressemble à celui-ci, l’organe du Parti. »

Les personnes qui l’accompagnaient, dont je faisais partie, étaient loin de comprendre, il me semble, le sens de ses paroles. Trois ans plus tard, en Octobre 1965, nous en avons réalisé toute la signification.

Fidel Castro fut, depuis sa période étudiante puis de jeune diplômé de l’université, un communicateur né. Il dénonçait les pillages officiels dans les médias, en particulier ceux qui, comme le quotidien Alerta, dirigé par Ramon Vasconcelos, en dépit de sa carrière polyvalente, reconnaissaient les valeurs civiques exceptionnelles, l’esprit patriotique et révolutionnaire qui ont toujours animé le jeune journaliste : « Dès le début de son gouvernement, un appétit vorace pour les terres s’empara de Carlos Prio … Un cas inhabituel et sans précédent : les Prio acquirent en un an, dans une seule commune, 15 fermes … en trois ans, dans trois municipalités, dans une seule province, le nombre impressionnant de 34 fermes ». (1)

Fidel, leader incontesté de la Révolution triomphante, fut depuis la Sierra Maestra le principal et le plus inspiré stratège de la relation avec les médias, aussi bien nationaux qu’internationaux.

À l’aube du 1er janvier 1959 trois journaux engagés dans la lutte représentaient les organisations qui se battaient pour la libération du pays : Revolucion, organe du Mouvement du 26 Juillet, fondé pendant la lutte contre Batista et devenu dès le début l’organe du gouvernement ; Hoy, organe du Parti socialiste populaire, qui avait été fermé durant la tyrannie, fut le porte-parole des communistes, et Combate, depuis la clandestinité, organe du Directoire révolutionnaire 13 Mars, fondé par des étudiants, des professionnels et des travailleurs liés à la Fédération des étudiants universitaires (FEU). En 1961, Combate avait fusionné avec deux autres journaux du soir.

Deux ans après cette visite au journal Pravda, en Octobre 1965, fut créé  le Parti communiste de Cuba. Les journaux Hoy et Révolucion fusionnèrent pour devenir le journal Granma, organe officiel du PC, à l’occasion d’une soirée historique où Fidel rompit de longs mois de silence et d’angoisse et révéla qu’Ernesto Guevara avait quitté Cuba : Cette nuit-là, Fidel lut la lettre émouvante dans laquelle le Che déclarait : « d’autres terres du monde réclament le concours de mes modestes efforts. »

Je me souviens que tous les présents, nous avons sauté comme des athlètes victorieux lorsqu’il a révélé le secret qui rendait inutile tout type de conjecture sur la disparition du Guérillero héroïque durant ces longs mois et dont les médias ennemis de Cuba s’étaient emparés. Certains journaux des États-Unis et d’autres latitudes prenaient leurs désirs pour des réalités : « il a été liquidé politiquement à Cuba… »

Les conjectures sur le lieu où il se trouvait se poursuivirent après la lettre du Che, lue par le commandant en chef durant un meeting au théâtre Karl Marx. Les spéculations allaient bon train… On admettait que les deux hommes « étaient parmi les personnalités les plus célèbres dans le monde. » Quant à l’agence de presse étasunienne UPI, qui n’avait pas hésité à annoncer la mort de Fidel dans la Sierra Maestra après le débarquement du yacht Granma, en 1956, elle se montra plus prudente dix ans plus tard, et se limita à noter qu’« à Dar es-Salam, le bruit courrait que le Che était passé en Tanzanie ».

Face à des événements aussi importants, la fondation du journal Granma passa inaperçue. Au terme de la cérémonie, Fidel s’entretint ce soir-là avec Blas Roca et Faure Chaumon, dirigeants du Parti socialiste populaire et du Directoire révolutionnaire 13 Mars, respectivement, ainsi qu’avec des dirigeants du nouveau Parti communiste, comme Osvaldo Dorticos, Juan Almeida, Carlos Rafael Rodriguez, Ramiro Valdés, Armando Hart et Isidoro Malmierca, nouveau directeur de Granma.

Ils se rendirent ensuite entre la rue Prado et Teniente Rey, au siège du journal Hoy, que dirigeait Blas, où Fidel parla de la Révolution cubaine et de la Révolution vénézuélienne. J’eus à peine le temps de rédiger à toute vitesse la première note sur cet événement important. Je ne l’ai pas signée comme j’en avais l’habitude, car j’estimais que je n’avais pas le droit d’une telle distinction. J’avoue qu’aujourd’hui je le regrette.

Presque immédiatement, on se lança cette nuit-là dans les premières tâches, comme par exemple, l’adoption de la manchette pour le nom du journal, dont la conception fut confiée au caricaturiste Horacio, aujourd’hui décédé. C’était une façon d’honorer les vaillants combattants qui, aux côtés de Fidel, avaient débarqué à bord du yacht Granma pour conquérir la liberté tant rêvée.

Malmierca fut chargé de ces premiers pas avec les journalistes qui avaient travaillé avec Blas au journal Hoy, où fut tiré le premier numéro. Le lendemain, nous avons déménagé dans le bâtiment du journal Revolucion, sur la Place du même nom, où nous avons rejoint les fondateurs et les membres de l’autre quotidien, pour démarrer le nouveau journal, avec les employés des deux

Le 13 mars 1959, à l’occasion du deuxième anniversaire de l’attaque du Palais présidentiel, je me suis retrouvé pour la première fois près de la personne qui a le plus marqué ma vie, Fidel Castro. Fidel, de même que José Marti, sont, me semble-t-il, les figures publiques qui ont le plus marqué l’histoire cubaine.

En fait, le héros de l’attaque de la caserne Moncada avait ravivé en nous le meilleur de nos idéaux historiques. Son courage résolu ce 26 juillet 1953 bouleversa les jeunes étudiants à travers le pays, notamment ceux de l’Université de La Havane, dirigés par Jose Antonio Echeverria, au point qu’ils contribuèrent à le faire libérer de la prison modèle de l’île des Pins.

La police cependant empêcha son accueil sur le Grand escalier de l’université en coupant l’électricité. Ils firent de même lors d’une interview chez sa sœur Lidia dans le Vedado. Le ton monta jusqu’à ce que Fidel fut contraint à l’exil.

Les contacts se multiplièrent jusqu’à parvenir à l’unité. En 1959, après quelques malentendus, cette aspiration se consolida et pour la première fois. On commémora l’attaque du Palais présidentiel par le Directoire révolutionnaire (DR, branche armée de la FEU). Cette organisation révolutionnaire me confia la présentation des orateurs sur le balcon du Palais présidentiel, dont l’assaut par le Directoire le13 Mars 1957 avait secoué La Havane.

Ainsi était scellé l’accord entre José Antonio Echeverria, président de la FEU et fondateur du DR et Fidel, à travers la dénommée « Lettre du Mexique », dans laquelle les dirigeants du Mouvement 26 Juillet et du Directoire révolutionnaire coordonnèrent lors d’une réunion effectuée à Mexico, le 30 Août 1956, les plans de leur organisation concernant la lutte armée pour renverser la dictature de Fulgencio Batista. La courageuse attaque contre le Palais présidentiel le 13 mars 1957 coûta la vie au jeune leader étudiant et à plusieurs de ses compagnons.

Ce jour-là, nous présentâmes Raul Castro, Faure Chaumon et d’autres camarades sans problèmes, mais lorsque vint le tour du président Manuel Urrutia de faire le résumé des événements, quelle ne fut pas ma surprise lorsque le peuple présent sur place exigea que ce soit Fidel qui parle.

J’essayais d’expliquer qu’il était prévu que le commandant fasse le résumé des actions à l’Université, mais la foule refusait de partir sans savoir entendu parler Fidel.

Le combattant révolutionnaire Osmel Francis tenta également de les convaincre, sans succès. Fidel s’approcha pour répondre à leur attente et il commença son discours par une plaisanterie, ce qui fit rire tout le monde.

Auprès de Fidel se trouvait le commandant Huber Matos (2), qui essaya de le reprendre en lui disant que c’était un jour de deuil. Fidel ne lui prêta pas la moindre attention, si bien que Matos insista tellement au point que cela me rappelait les assemblées à l’école de droit lorsque les opposants à la candidature du combattant révolutionnaire René Anillo essayaient de détourner son attention par des interruptions et que nous tentions de les en empêcher.

Fidel continuait à parler sur le même ton sans même le regarder. Poursuivant, il dit qu’il avait commencé ainsi son intervention parce que le 13 Mars n’était pas une date de deuil, ni le 26 Juillet. Pensez-vous que le 10 Octobre soit un jour de deuil ? Non ! criait la foule.

Et Fidel d’ajouter avec emphase : « Ce n’est pas une date de deuil, c’est une date de fête. »

Parce que ce fut le début de notre lutte pour l’indépendance; de notre victoire, c’est une date de fête. Le 13 Mars est une date de fête, comme l’est le 26 Juillet et, haussant le ton : Le 26 Juillet, nous devons le déclarer Jour de fête nationale ! Fidel transforma les critiques de celui qui deviendra par la suite un traître en une heureuse proposition qui recueillit l’approbation la plus spontanée dont on puisse rêver.

Ce jour-là, je l’ai vu grandir. Son calme avant l’interruption me convainquit. Je connaissais déjà son bras puissant, mais j’ignorais qu’il avait hérité également du talent de José Marti et d’Antonio Maceo. Un leader exceptionnellement hors pair…

Fidel Castro relisant quelques articles avec le directeur du journal Granma de l’époque, Jorge Enrique Mendoza Reboredo, dans le bureau du directeur. Foto: Mario Ferrer

Fidel Castro relisant quelques articles avec le directeur du journal Granma de l’époque, Jorge Enrique Mendoza Reboredo, dans le bureau du directeur. Foto: Mario Ferrer

Fidel au journal Granma, entouré du directeur Jorge Enrique Mendoza Reboredo (extrême gauche) et un groupe de collaborateurs du chef de l’État. Foto: Liborio Noval

Fidel au journal Granma, entouré du directeur Jorge Enrique Mendoza Reboredo (extrême gauche) et un groupe de collaborateurs du chef de l’État. Foto: Liborio Noval

Foto: Valiente, Jorge

Foto: Valiente, Jorge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Fidel Castro. Alerta 11 février 1952
(2) Huber Matos Benitez. Il trahit la Révolution et devint l’un des contre-révolutionnaires cubains les plus extrémistes du dénommé exil cubain à Miami. Source: http://www.ecured.cu et http://www.cubainformacion.tv

Source: Granma International

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