Un navire de croisière en provenance des États-Unis sans un seul touriste à bord

L’Adonia faisant son entrée dans la baie de La Havane. Photo: IRAMSY PERAZA FORTE

L’Adonia faisant son entrée dans la baie de La Havane. Photo: IRAMSY PERAZA FORTE

C’est sans un seul touriste à son bord que le navire de croisière Adonia, le fleuron de la compagnie Fathom, filiale du groupe Carnival a fait son entrée le 2 mai dans la rade de La Havane. C’est la première fois en une quarantaine d’année qu’un bateau de croisière nord-américain jette l’ancre dans la capitale cubaine. Les 700 capacités de l’Adonia ont été occupées par des voyageurs étasuniens venus dans le cadre des échanges « peuple à peuple », des dizaines de journalistes et des hauts responsables de cette compagnie basée à Doral, dans l’État de la Floride.

Bien que les lois en vigueur du blocus interdisent toujours les voyages touristiques des citoyens des États-Unis à Cuba, les récentes mesures exécutives de l’administration du président Barack Obama ont ouvert les portes au transport maritime de passagers entre les deux pays.

Carnival, l’un des plus importants opérateurs du marché des croisières du monde, a décidé de saisir l’occasion. Avec sa contrepartie cubaine, elle a conçu un itinéraire d’une semaine axé sur des activités culturelles, qui a commencé le 1er mai à Miami et comporte des escales à La Havane, Cienfuegos et Santiago de Cuba.

Le voyage est réalisé sous le couvert de « licences » de voyages éducatifs « peuple à peuple », l’une des 12 catégories autorisées par Washington, et vise à familiariser les Nord-américains avec la « Cuba réelle, proche et profonde », selon leur site web.

Quelques instants après l’arrivée du navire à quai, Arnold Thomas, directeur exécutif de Carnival, a déclaré à la presse que sa compagnie était « fière » de prendre part à ce moment historique, avant d’ajouter qu’il existe dans son pays un intérêt croissant pour connaître l’Île.

Arnie Pérez, un avocat d’origine cubaine qui travaille comme conseiller juridique de Carnival, a expliqué quant à lui que ces voyages auront une fréquence bihebdomadaire et il a auguré davantage de connexions de part et d’autre du détroit de la Floride dans un proche avenir.

Rappelons que plusieurs navires de croisière nord-américains étaient venus à Cuba sous l’administration du président démocrate James Carter, vers la fin des années 70. Même si à cette occasion l’interdiction des voyages avait été levée totalement, Cuba n’avait pas la capacité d’accueil qu’offrent plusieurs points du pays. Les interdictions furent renouvelées par le gouvernement de Ronald Reagan en 1982.

Depuis les annonces des deux pays de leur décision de rétablir les relations diplomatiques, le 17 décembre 2014, et d’une partie des restrictions imposées au cours des dernières décennies, on constate une hausse des arrivées de citoyens de ce pays.

Cependant, certains analystes chiffrent à plusieurs millions le potentiel touristique du marché nord-américain dans la plus grande des Antilles.

Plusieurs projets de loi destinés à autoriser les voyages touristiques à Cuba sont en cours d’élaboration dans les deux chambres du Congrès à Washington. Par ailleurs, les entreprises hôtelières nord-américaines ont montré leur intérêt pour les opportunités d’affaires qui s’ouvrent. Récemment, le groupe hôtelier Starwood a signé un contrat pour la gestion de l’emblématique hôtel Inglaterra de La Havane.

PEUPLE À PEUPLE

« Cuba et les États-Unis sont trop proches pour être des ennemis », a déclaré à Granma, Jene Trall, résidante à Boston, dont c’était le premier voyage à La Havane.

« Ce que nous faisions était ridicule », a-t-elle ajouté après avoir salué les pas franchis ces dernières années par le gouvernement de Barack Obama par rapport à la politique vis-à-vis de Cuba.

Jill Brown, originaire du Texas, nous dit avoir toujours rêvé de voyager à Cuba. Elle a fixé son choix sur le navire de Carnival, au lieu de prendre un billet d’avion, car « c’est plus facile et tout est arrangé. On court toujours le risque de mal faire quand on fait les choses seule »

Brown ne partage pas l’avis de ceux qui disent que la seule présence de Nord-américains finira par détruire l’essence du pays. « Je voyage beaucoup et je suis respectueuse de chaque pays que je visite ».

« Je veux tout voir et tout connaître, l’histoire, les bâtiments et les voitures anciennes », a-t-elle ajouté.

Elle n’est pas la seule à s’intéresser aux particularités d’un pays qui, à 90 milles marins seulement du sien, a choisi un cap complètement différent en ce qui concerne le modèle économique et social.

Jack Collisham est venu de Californie. Cet amateur de vieilles voitures espère faire un voyage dans le temps pour voir rouler les Cadillac, Ford et Pontiac de son enfance.

« J’aimerais en savoir davantage sur la vie des Cubains », a déclaré à notre quotidien Cinthia Brown, en dégustant pour la première fois à La Havane un Cuba libre.

Le programme d’une semaine posera le défi de surmonter les stéréotypes, qui ont commencé à être remis en question dès l’arrivée même du navire au terminal de croisière Sierra Maestra, où ils ont été reçus par un rouleur de cigares, un couple de danseurs professionnels et les musiciens et danseurs de la comparsa de Cayo Hueso.

« J’habite très près d’ici et quand j’ai appris l’arrivée de ce navire de croisière, je me suis dit que je ne raterais pas ce spectacle pour rien au monde », s’est exclamée Idalis Mendez, qui vit depuis des années à La Havane et faisait partie du groupe de curieux qui se sont donné rendez-vous sur le Malecon pour accueillir l’Adonia.

« J’ignore ce que les gens qui sont à bord viennent voir à Cuba, mais

je suis certaine que ce voyage représente un pas de plus dans le processus de rapprochement. Outre la chaleur de La Havane, ils découvriront la chaleur du peuple venu les accueillir », a-t-elle dit.

Jorge Manuel Nuviola, travailleur indépendant, est présent chaque fois qu’un navire fait son entrée dans la baie. Il se rappelle le navire Opéra, venu il y a quelques mois, qui était beaucoup plus grand que celui de Carnival. « J’ai entendu dire que celui est spécial, car il a à son bord non seulement des Nord-américains, mais des Cubano-américains, ce qui représente un pas en faveur de du rapprochement entre Cuba et les États-Unis ».

« J’aimerais voir progresser les relations. Nous sommes voisins et une bonne amitié avec eux ne peut qu’être profitable aux deux pays », a-t-il conclu.

UNE NOUVELLE OPPORTUNITÉ

La visite des navires de croisières de Carnival est une bonne occasion de montrer « la Cuba que nous avons », a signalé quant à lui Victor Juan Veloso Pimienta, directeur d’Havanatur, l’une des contreparties cubaine qui a participé à la conception de ces voyages.

Concernant les perspectives de croissance, il a précisé que c’est un produit nouveau sur le marché qui a besoin de temps, mais il s’est déclaré confiant que ces visites seront de plus en plus nombreuses.

Il a reconnu que la planification de l’itinéraire de Carnival n’a pas été facile, malgré l’expérience de son entreprise dans ce genre d’activité, ceci en raison des restrictions toujours en vigueur découlant du blocus exercé par les États-Unis.

Il a appelé à occuper l’espace qui s’ouvre, un avis également partagé par Rosa Maria Caballero, chargée de la destination Cuba au sein de Fathom, la filiale de Carnival qui opère l’Adonia.

Elle explique que les changements intervenus au cours des derniers mois sont significatifs après plus d’un demi-siècle d’éloignement. « Faire ce genre de voyages, qui vont au-delà du tourisme est particulièrement beau et émouvant », a-t-elle ajouté concernant les programmes « peuple à peuple ».

La ligne Fathom est entièrement consacrée aux voyages ayant un « impact social », qui conjuguent les loisirs à la découverte d’autres cultures et expériences de vie.

À La Havane, les touristes ont parcouru la vieille ville, visité des sites historiques comme la Place de la Révolution et des projets culturels comme le Callejon de Hamel et Muraleando.

À Cienfuegos, dans le cadre de leur cinquième journée à Cuba, ils ont visité plusieurs sites culturels comme le théâtre Terry, ainsi que des lieux emblématiques de la ville de Santiago de Cuba.

Les passagers de l’Adonia ne pourront pas se baigner sur les plages cubaines, la baignade faisant partie des activités nettement touristiques interdites par Washington.

Le tourisme de croisière fait aussi l’objet de critiques de la part de certains spécialistes, notamment en raison des faibles comportements d’achat des voyageurs avec toutes les dépenses incluses à bord, ainsi que des dommages environnementaux provoqués par leurs rapides incursions dans les villes.

Cependant, le directeur d’Havanatur estime que « chaque affaire apporte son lot de déversement économique », et qu’après avoir réalisé les analyses pertinentes son entreprise voit ces voyages d’un bon œil.

Plus d’une centaine de navires de croisière opèrent chaque semaine dans la région des Caraïbes, en provenance de divers pays, dans le cadre d’une affaire évaluée à plusieurs milliards de dollars par an.

Cependant, Cuba est dans l’impossibilité de faire partie de la plupart des parcours des entreprises de pays tiers en raison des restrictions extraterritoriales de la législation des États-Unis, qui constituent à la fois le principal marché et la principale destination.

On calcule qu’avec la levée de ces lois Cuba pourrait accueillir plus d’un million de visiteurs à bord de navires de croisière, peu importent s’ils souhaitent découvrir sa culture ou seulement ses plages.

Source: Granma International

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