L’âme cubaine à Harare

Photo: Yudy Castro Morales

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Harare, Zimbabwe, 11 décembre — On l’a appelé l’hôpital des déshérités, parce que depuis toujours les habitants pauvres de la région y sont allés chercher des soins. Aujourd’hui, ils continuent à le faire. Ce n’est donc pas un hasard si dans ses salles, mêlés aux plus humbles, vont et viennent des médecins cubains, comme si humilité et Cuba, en terme de santé, étaient presque synonymes.

À l’hôpital central d’Harare, le plus grand de son genre au Zimbabwe, il y a sept professionnels cubains de la santé qui chaque jour écrivent une page du livre déjà bien rempli de la solidarité cubaine, celle qui tend des ponts jusqu’au moindre recoin de ce monde et qui, sur le continent africain, en particulier, coule dans les veines de l’Histoire.

L’équipe, composée de trois médecins spécialistes en chirurgie maxillo-faciale, ophtalmologie et dermatologie, et quatre infirmières spécialisées en néphrologie, anesthésie et néonatologie, fait partie des 45 coopérants cubains qui prêtent leurs services actuellement dans ce pays où, depuis 1986 ont travaillé plus de 7 500 professionnels du secteur.

Photo: Yudy Castro Morales

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L’absence de spécialistes zimbabwéens pour couvrir les services de santé dans les centres d’assistance publique constitue, selon le Dr Rolando Sanchez Martinez, responsable de la brigade médicale, l’un des principaux problèmes de ce pays. Le travail des médecins cubains vise, dans la mesure du possible, à couvrir ce déficit, si bien qu’ils exercent dans des hôpitaux nationaux et provinciaux, en appui à leurs collègues zimbabwéens.

Le Dr Sanchez nous a parlé de l’accueil chaleureux et de l’intégration professionnelle, la manière dont nos médecins ont dû franchir les barrières de la langue, apprendre les dialectes du pays, et surtout, respecter sa culture et ses protocoles de procédures.

Le Dr George Vera, directeur clinicien de l’Hôpital central d’Harare, a également évoqué la discipline et le dévouement des Cubains au sein de cet hôpital, classé de référence au Zimbabwe, mais aussi hôpital universitaire où sont formés des professionnels.

Il n’a pas hésité à qualifier leur travail d’excellent, à exprimer ses remerciements au gouvernement cubain pour sa réponse opportune aux demandes d’assistance de son pays, et il a estimé très utile la présence du personnel de l’Île pour améliorer la qualité de vie des Zimbabwéens.

DES CONTRASTES FRAPPANTS

L’Unité rénale de l’hôpital central d’Harare, où exerce l’infirmière Yaima Alvarez Acosta depuis un an, reçoit parfois huit patients, parfois trois, même si la capacité d’accueil est de 15 patients et si les maladies rénales sont nombreuses parmi la population. Parfois, ceux qui ont reçu une séance d’hémodialyse au début de la semaine ne reviennent pas au bout des sept jours prévus, bien que trois séances soient nécessaires durant cette période.

Cette réalité, selon la spécialiste en néphrologie, est probablement ce qu’elle a eu le plus de mal à accepter. Mais la routine l’absorbe et l’oblige à se concentrer les autres patients qui arrivent dans la salle, à qui elle doit prodiguer les meilleurs soins possibles.

Avec sa collègue Mayineisi Estrada, également infirmière spécialisée, elle a relevé le défi de travailler à Harare, parce qu’avant son arrivée il n’y avait qu’une seule infirmière spécialisée dans cet hôpital. En outre, le médecin n’est pas toujours présent pour répondre aux situations d’urgence et elle a dû prendre des décisions difficiles, mettre en place des procédures, sans enfreindre les protocoles de l’établissement.

Elle nous a raconté qu’il y a quelques jours, alors qu’elle avait presque terminé sa journée de travail, un patient a souffert d’une complication grave et c’est elle que ses collègues zimbabwéens sont venus chercher, démontrant ainsi toute leur confiance dans les professionnels cubains. Cette attitude l’encourage à surmonter l’éloignement de sa maison, de sa famille et de Samantha, sa fillette, qui dit-t-elle, « est sa raison de vivre ».

Pour éloigner la nostalgie, le chirurgien maxillo-facial Pedro Pablo a le meilleur conseil: «Bien faire son travail et aider autant que possible les patients zimbabwéens.»

mapa ZimbabweLorsque ce médecin originaire de la province de Granma est arrivé à Harare, il n’y avait qu’un seul chirurgien plastique dans le pays, et beaucoup de travail en retard. Un an plus tard, ils ont pu atténuer cette situation. Toutefois, il a reconnu qu’il doit encore pratiquer de nombreuses opérations, la plupart des tumeurs très importantes. Un véritable défi professionnel et aussi une expérience très enrichissante.

Mais à l’hôpital de Harare, les Zimbabwéens ont aussi d’autres histoires cubaines à raconter. Muchaneta Gudza-Mugabe, la responsable du Département de bactériologie, fait partie des jeunes de ce pays d’Afrique qui, en 1993, sont arrivés à l’Île de la Jeunesse pour faire des études médecine. Elle a fait une licence en Biologie puis une maîtrise dans son pays. En dépit des années, elle se souvient avec émotion de l’hospitalité cubaine, de l’affection des professeurs, de leur proximité avec les étudiants, et elle souhaiterait même revenir pour manger du congri (riz et haricots rouges) et danser la salsa.

Bientôt, les coopérants cubains partiront en vacances à Cuba, et Muchaneta sait déjà quel « souvenir» elle va leur demander : quelques grains de haricots noirs pour pouvoir les planter, comme elle l’a déjà fait auparavant. Ainsi, les histoires se mêlent à Harare, où la solidarité de notre archipel, comme partout ailleurs, est toujours vivace.

Les yeux de l’Afrique

L’heure du thé

À 10 h, le Zimbabwe se paralyse. À cette heure, rien de plus important que de prendre le thé.

Même dans les hôpitaux, dans les services d’urgence, les travailleurs se mettent d’accord et vont prendre le thé en groupes séparés. Mais personne ne manque le rituel, qu’ils répètent jalousement l’après-midi.

À la mode anglaise, les Zimbabwéens ont fait leur la coutume de leurs colonisateurs et si dans d’autres aspects, ils ont montré de la résistance, l’heure du thé est restée ancrée dans la culture, de même que les styles architecturaux et l’urbanisation. La langue anglaise par exemple : les Zimbabwéens l’ont appris, mais le goût amer de l’apprentissage forcé est resté. C’est donc pour cela qu’ils ont défendu à outrance leur langue natale : le Shona – originaire des tribus bantoues – que parle 70% ou plus de la population. Les personnes âgées, en particulier, ne sont pas à l’aise en anglais, si bien que lorsqu’un étranger leur parle dans leur langue, ils se sentent plus confiants, plus sociables, pour ce respect de leur identité.

Mais l’heure du thé, c’est différent. C’est l’espace de la socialisation. C’est l’occasion de faire une pause dans la journée. Les cafétérias des centres de travail sont bondées. Celles des rues également. Tout le reste s’arrête.

Et peut-être qu’un Anglais de passage oubliera-t-il un instant qu’il est dans un autre pays…

Source: Granma International

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